Mothers (Lee Dong-Eun), un film à coeur ouvert

Chaque année, le Festival International des Cinémas d’Asie de Vesoul, propose aux curieux, aguerris, amateurs et surtout passionnés du cinéma, une programmation venue des quatre coins de l’Asie. Un vol direct pour des pays comme la Mongolie, la Chine, Israël, ou l’Iran ! Durant ce marathon cinématographique d’une semaine, du 5 au 12 février, j’ai pu y découvrir le film Mothers du réalisateur sud-coréen Lee Dong-Eun. Une ode à la nouveauté, un vent d’air frais sur le cinéma coréen. Dans une Corée du Sud encore parfois très traditionnelle, Lee Dong-Eun questionne la place des membres dans une famille et innove l’image de la mère. C’est entre des thématiques poignantes comme l’adoption ou la perte d’un proche que le réalisateur sud-coréen s’éloigne du carcan cinématographique coréen.

Hyo-Jin incarnée par l’actrice Im Soo-Joong a alors 30 ans quand elle est frappée par un destin tragique : son mari décède dans un accident. Deux ans plus tard, alors qu’elle tente de se remettre de ce départ soudain, elle se retrouve à devoir élever le fils de son défunt mari, Jong-Wook. Cet adolescent alors âgé de seize ans, vivait depuis la mort de son père, avec sa grand-mère. Atteinte de démence, cette dernière n’est maintenant plus en mesure de prendre soin de lui. Lee Dong-Eun, le producteur du film, dessine petit à petit la relation entre Hyo-Jin et Joong-Wook, tourmentée par la recherche de la mère biologique du garçon. Une mère est-elle celle qui nous a donné naissance ou celle qui nous ouvre son cœur ?  – koreaoftoday

 

 

Imaginer un nouveau schéma familial

À la question « Pourquoi avez-vous décidé de vous éloigner des carcans du cinéma coréen, loin des triangles amoureux que l’on retrouve souvent par exemple ? Quel a été l’élément déclencheur, s’il y en a eu un ? » Lee Dong-Eun me répond : «  En Corée du Sud, on juge énormément le malheur des gens aux funérailles, on regarde si les gens pleurent ou non par exemple. Mais peut-on réellement juger la tristesse des gens ? C’est ce que je me demande. C’est l’élément principal de ce film : on voit d’ailleurs que l’actrice principale ne pleure pas au décès de son mari… » affirme t-il, « Et puis j’ai voulu donner une autre image des membres de la famille, de leurs rôles. Ce film est une histoire sur la famille et sur le rôle de la mère. Ce qui soulève d’ailleurs des questions de religion. La Corée du Sud est un pays très traditionnel, qui commence à changer petit à petit. Avant, la notion de famille était très ferme, carrée. Nous n’étions que frères, sœurs, enfants, parents, que par les liens du sang. Dans Mothers, j’imagine une nouvelle forme de famille« . On le voit d’ailleurs très bien avec le titre en lui-même, « Mothers », qui signifie « mères ». En l’occurrence, Joong-Wook a ici deux mères : sa mère biologique, et Hyo-Jin, sa mère adoptive/de cœur, celle qui l’élève, l’aime et prend soin de lui malgré leurs liens du sang inexistants.

Par les liens qu’entretiennent Hyo-Jin et Joong-Wook, Lee Dong-Eun tente de peindre de nouveaux liens familiaux sur le tableau d’une Corée du Sud encore parfois très traditionnelle. Les modèles changent, le temps y est pour quelque chose. Quoi qu’il en soit, le film Mothers, en plus de l’image et du jeu des acteurs, qui reflètent selon moi une certaine qualité de film, le message derrière, est encore plus beau et profond. À l’heure où la Corée du Sud est l’un des pays les plus friands de chirurgie esthétique, les Coréens font énormément attention à l’apparence et à l’image qu’ils renvoient. Soumis à une pression sociale forte, certains vont jusqu’à se transformer complètement pour rentrer dans des carcans. C’est là où Mothers brise ces derniers : il apprend à ne pas juger l’autre mais à le comprendre, mais surtout à l’accepter quel qu’il soit. Qui est-on réellement pour juger les autres ? Qu’est-ce qui nous en donne le droit ?

 

L’adoption en Corée du Sud, un débat quotidien

Malgré le fait que Fleur Pellerin, ministre de la Culture et de la Communication entre 2012 et 2014, enfant adoptée, était très en vogue en Corée du Sud ne reflète pas la réalité. La fin de la guerre de Corée, en 1953, marque la première vague massive de bébés coréens abandonnés. En effet, ces métisses issus de liaisons entre soldats occidentaux et coréennes se retrouvent laissés aux coins des rues. Plusieurs autres raisons ont poussé des mères à cet abandon.

En Corée du Sud, il est difficilement acceptable qu’une femme d’une trentaine d’années soit toujours célibataire. Une réelle pression sociale pèse sur ces femmes. Aujourd’hui, près de 200 000 enfants coréens ont été adoptés. Beaucoup d’entre eux proviennent de ces femmes célibataires. Il est vrai qu’à l’heure où l’avortement n’était pas encore très répandu, les femmes ne s’autorisaient pas à garder leur enfant et choisissaient de l’abandonner. En plus de la pression liée à un enfant hors-mariage, les femmes célibataires avec un enfant ne sont pratiquement pas aidées financièrement. Il est donc relativement compliqué pour elles de subvenir à leurs besoins et ceux de l’enfant, dans un pays où l’éducation coûte très cher.

À l’heure actuelle les moeurs ont évidemment changées. On observe que de plus ne plus de Coréens vont faire leurs études à l’étranger. Une véritable ouverture sur l’international est en train de se créer. Cependant, les enfants métissés ou adoptés ne sont tout de même pas considérés comme 100 % Coréens, n’ayant pas un « sang coréen pur ».  Le pays encore très traditionnel, avance petit à petit, parfois recule, mais la tendance tend à évoluer. Le 24 mai 2013, Chin Young, ministre de la Santé coréen, signe la Convention de La Haye du 29 mai 1993 relative à la protection des enfants et à la coopération en matière d’adoption internationale.

En + : Podcast France InterEn Corée du Sud, une nouvelle loi sur l’adoption accusée de provoquer une hausse des abandons de bébés (2013)

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